Faut-il aller voir le nouveau Rappeneau ?

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Après Bon Voyage, Belles familles. Et ce n’est pas un hasard. À l’unisson de ses titres allègres et cordiaux, Jean-Paul Rappeneau pratique un cinéma harmonieux et espiègle, où il glisse à chaque fois quelques valises mystérieuses, des malles à double fond ou des héritages encombrants.

C’est la moindre des choses ici, puisqu’il est question du passé qui ne passe pas, de ce qu’on a raté (la vie, l’amour, l’amitié) et de ses erreurs de jeunesse. Depuis le début JiPé s’est fait le meilleur importateur des codes de la screwball en France : vitesse, rythmique et acteurs parfaits… Belles familles de ce point de vue-là est un nouveau chef-d’œuvre ; mais c’est aussi son film le plus français, le plus provincial (paradoxalement plus que sa comédie historique La Vie de château). Paradoxe d’un cinéaste qui verse dans l’énergie pure, la dynamo d’un autre monde, pour raconter des histoires de bourgeoisie française où rodent la mort, le souvenir et l’héritage familial et culturel. Culturel surtout. Parce que les familles du titre c’est aussi celles de cinéma. Derrière la « qualité france», Rappeneau réussit un grand film concept qui réussit à unir dans un film enivrant toutes les fratries du cinoche local (le cinéma de papa, la nouvelle-vague, la comédie et Desplechin) comme pour leur demander de faire la paix. Quand les souvenirs remontent pour de bon, quand le papa ogresque se révèle plus complexe, un étrange brouillard de cafard semble envahir le film, gelant son staccato et jetant un voile de mélancolie. Belles familles, vraiment.

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Gael Golhen 

Actuellement en salles 


TECHNIKART-195

Technikart #195




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